Rahhh oui, que c'est bon d'entendre ces anecdotes.
Ça sent le vécu, il faut le vivre pour comprendre.
Je bossais pour ATV, rien que le nom déjà
T'as forcément du connaitre, notre patron a eu un jour la bonne idée de nous payer des blousons noirs de chez Dafy Motos avec "A Toute Vitesse" marqué en gros en rouge et le numéro de téléphone.
Je te dis pas le nombre de coups de tel qu'il a reçu les premiers temps mais c'était pas forcément pour commander une course
J'y suis resté 3 ans et ensuite je suis redescendu dans le Sud, suite au décès d'un pote Stan qui s'est fait projeté avec son NTV sur le rail de sécu du périf' par un petit con qui s'est rabattu d'un coup en voyant la sortie au niveau de la porte d'Orléans. Stan a été coupé en deux et ça m'a vachement choqué quand j'ai appris cette triste nouvelle. Je me suis dis que le prochain ça pouvait être moi...
Excusez moi mais ça fait du bien d'en parler. La suite ou du moins le début est plus drôle.
Je vais vous expliquer comment je suis rentré dans cette boite
Je venais de faire trois ans au Bowling de Paris. Comme toujours, je suis rentré par la petite porte comme serveur du resto et après 6 mois de "demi-chef de rang" je passe "chef de rang" puis je demande au bout d'un an le poste de "responsable Bar" qui m'est accordé. Me voilà à à peine 20 ans, responsable et avec un salaire de 25 000 francs par mois. A cette époque je vous dis pas ce que ça représentait mais ça vous le savez tous. Tout allez pour le mieux dans le meilleur du monde jusqu'à ce que fréquente la belle-fille du patron
J'ai vite déchanté surtout lorsqu'il a retrouvé un bout de plastique bizarre et légèrement ... gluand

dans sa Porsche que V...... avait l'habitude de lui emprunter, soit disant pour aller voir ses copines alors que nous étions toujours fourrés ensemble et que j'avais l'exclusivité selon elle pour la conduire.
A partir de là, il m'a fait la misère de chez misère.
J'ai réussi à obtenir un licenciement en bonne et due forme à mon avantage.
A compter de ce jour, des mois et des mois de fiesta non-stop s'enchainèrent. La folie insouciante de la liberté et de tout ce qui va avec !
Mais au bout d'un petit moment je commençai à m'ennuyer, il fallait que je bosse.
Un jour neigeux du mois de décembre de décembre, je reçois un coup de téléphone d'un pote à la maison et me demande de le dépanner.
Je lui répond Ok mon pote sans soucis, qu'est- ce qu'il t'arrive ?
Ben écoute, je suis dans la merde, tous mes livreurs m'ont lachés, ils ne veulent pas conduire sous la neige. T'as peur de rien toi, tu peux venir d'urgence ? Ok, je saute dans un taxi et j'arrive.
A peine arrivé, il me jette une mobylette, un 51, dans les bras, me file un casque, un plan et trois commandes de poulets frites en retard à livrer au 4 coins de Paris !!! Euh, t'as pas des gants parcequ'il caille un peu là quand même ...
Non non, vas-y speede sinon je vais perdre les clients. Bon Ok, mode Rock'n'Roll On, on y va !
Je monte sur la brèle, pédale comme un con, impossible de démarrer. Attends pousse toi je vais te la faire démarrer, t'es sur que tu sais conduire? d'un air autin ... Euh oui mais là, j'ai l'impression qu'il manque un peu de compression non, tu trouves pas ? Mais non, t'y connais rien, tu vas voir !
Je le laisse mouliner pendant 2 minutes jusqu'à épuisement sans rien dire ... Bon, on va prendre l'autre là, il se met sur une autre pétoire et au bout de 30 secondes. Pepepepepummm, elle démarre !
Miracle !!! Je me dis dans ma tête. Et me voilà parti ... pour 50 mètres et beuuuuuuuuu, plus rien !
Un rapide diagnostic et je vois la durite d'essence dure comme du caillou, pétée au niveau du robinet.
Retour rapide en poussant jusqu'à la boite, il me voit arriver mais je ne lui laisse pas le temps de gueuler que déjà j'étais en train de prélever celle de la première que je considérai donc comme donneuse. A ma tête, il a vite compris que c'était pas le moment de me les briser et que j'avais pris les choses en main. Me voilà reparti et je ne sais pas avec quelle diplomatie, j'arrive à refourguer les poulets au clients tant ils voulaient me crever, sûrement la faim qui commençait à les affaiblir.
Je rentre tant bien que mal en réserve après avoir traversé tout Paris les jambes écartées comme un canard pour pas me vautrer, les yeux dégoulinants, le pif et les mains au stade avancé de MR-Freeze.
Alors, ça a été ? Bah oui nickel, pourquoi tu veux que ça n'aille pas ? Je sais à ce moment là que dans sa tête, il devait se poser 10 000 questions

j'avais subtilement retourné la situation en restant humble alors que j'avais qu'une envie c'était de le traiter de tous les noms d'oiseau mais j'avais pris cette "mission" à cœur et tel un valeureux chevalier, je l'avait menée à terme.
Immense fierté au fond de moi mais je restas humble jusqu'au bout.
Bon allez, rentre on va boire une bière. Là, je jubilai, je savais que je lui avais sauvé la mise et je sentais enfin un sentiment amical de sa part.
Merde c'est normal, c'est mon pote en plus mais il avait paniqué comme il ne faut pas.
Allez Santé, petit à petit, j'arrive à me réchauffer, je m'allume une clope et d'un coup, il me dit. Ah, au fait l'argent ? Je lui dis quel argent, ils n'ont pas un compte chez toi ces gens là ? Mais non, mais t'es con ou quoi ? Comment je vais faire moi maintenant pour te payer ?
Je lui dis laisse tomber, c'est pas grave, ce fut un plaisir de te rendre service ...
De toute façon, tu ne m'as pas filé de fond de caisse, je suis parti avec la bite et le couteau mais tes clients ont bouffés, c'est l'essentiel non ? Tu les rappelleras et tu demanderas à tes livreurs de les récup à l'occase. Décomposé et devant le fait accompli, il se met devant l'évidence et se met à chialer
Te mets pas dans des états comme ça, c'est pas graaave lui dis-je, fonce au frigo et je reprends deux bières. Ça y est c'est moi le patron et je sens qu'il faut que je fasse quelque chose pour lui. Tout en rigolant je lui rétorque avec encore mon accent du Sud.
Bon écoutes, bois ta bière tranquille, je vais jeter un œil aux meules, elles sont pas de toute première jeunesse !!! Tu vas rappeler tout le monde et demain réunion à 11h, celui qui vient pas il est viré !
Une lueur apparu dans ses yeux comme si il avait rencontré le Messie.
Les jours suivants se passe, je renoue le dialogue dans l'équipe, les meules tournent au quart de tour, le temps est clément , les affaires reprennent et la Team est maintenant soudée plus que jamais.
Je suis chez lui depuis maintenant un mois, j'ai fait rajouter des glaces et des gâteaux dans ses formules, je répond au téléphone et gère les commandes pendant que lui s'affaire aux fourneaux et nous livrons aussi du pinard

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Un vendredi soir, la neige revient, la cadence ralentie et je décide de rattraper un peu l'histoire car ça partait en sucette de tous les côtes ... faut dire qu'il avait une seule boutique dans le 11ème et qu'il faisait croire qu'il y avait 5 boutiques dans Paname, pas méchant mais un petit escroc quand même
Me voilà parti en direction de la porte de Champeret, j'arrive, je sonne.
Oui, c'est qui ?
Bonsoir Monsieur, c'est Ch.... poulet !
Je vous ouvre, 3 ème étage !
Vous avez fait vite dis donc, ça fait même pas 10 mn que je vous ai appelé.
Ah bon, je sais pas, non je crois pas j'y ai été tranquille...
J'aurai pu faire mieux mais j'étais pas en forme, à la façon Coluche et avec l'accent du Sud !
Le gars écarquille les yeux et me dit :
Ah, ouais mais quand même, avec le temps qu'il fait, ben dites donc mes gars ne sont pas comme ça en ce moment. Et vous me dites ça avec le sourire en plus !!!
Ben oui, pourquoi ils font quoi vos "gars" ?
Je suis patron d'une boite de coursier, ça te dirai de bosser pour moi ?
Bah, je sais pas trop, j'aide un pote en fait, faut voir.
Tiens ma carte, et n'hésites pas à m'appeler, appelle moi hein !
Je prends sa carte et je lis "ATV"
Ah mais je connais ! Il y a Manu et Greg qui bossent pour vous non ?
Ouais c'est des super potes ! Bon OK, je veux bien !
Tu commences Lundi 8h si tu veux ?
Ok, ça marche !
Il me paye et me file 100 balles de pourboire
L'affaire était conclue !!!
Je préviens mon pote et il comprend, une nouvelle aventure aller commencer
Voilà donc mon entrée dans folie quotidienne de la jungle urbaine parisienne.
J'avoua par la suite à mon pote que ces poulets élevés aux hormones ne devaient plus ressembler à rien en arrivant chez les clients avec la façon que j'avais de conduire
Il me répondis en me serrant très fort dans ses bras.
"Je sais, mais je m'en fous, t'es un Champion, je te l'ai pas dit mais sans toi j'aurai fait faillite !"
Je suis resté 3 ans chez ATV et au bout de 3 mois, le patron m'a offert le permis en guise de récompense pour avoir fait péter le record de la boite :
203 bons dans une journée avec un Peugeot SV80. J'ai jamais pu refaire ce chiffre et personne de la boite n'a réussi à passer cette barre. Le bon était payé 9 francs quand on te prêtait le véhicule et par la suite avec mon XT je touchais 11 francs, on tournait à 20 000 balles par mois mais fallait aller les chercher, tu bouffes en roulant, tu passes les vitesses à la volée, tu traverses les champs en wheeling, t'évites de justesse la bourgeoise qui passe rue st-honoré et qui pile parceque elle a vu une robe qui lui plait, tu te bats avec les Taxi et les chauffeurs de bus ... un boulot de OUF ! Je confirme !
Mais on aime ça rouler, on a ça dans le sang !
Voili Voilou pour la petite tranche de vie d'Oliv', j'espère que je ne vous aurez pas trop ennuyés.
Oliv'
